Pourquoi les banques africaines préfèrent-elles financer les États plutôt que les entreprises ?
@Startups et entrepreneuriat. Analyse des marchés. Le Ouagalais
Obtenir un crédit bancaire demeure un véritable parcours du combattant pour de nombreux entrepreneurs africains. Qu’il s’agisse d’une PME souhaitant acquérir de nouveaux équipements, d’un industriel désireux d’agrandir son usine ou d’une start-up en quête de capitaux, les exigences des banques sont souvent jugées élevées : garanties importantes, apport personnel conséquent, taux d’intérêt élevés ou encore délais d’instruction parfois longs.
Dans le même temps, les États africains multiplient les émissions de bons et d’obligations sur les marchés financiers régionaux afin de financer leurs budgets, leurs infrastructures ou de refinancer leur dette. Ces opérations rencontrent généralement un accueil favorable auprès des établissements bancaires, qui y consacrent une part importante de leurs liquidités.
Cette situation soulève une interrogation récurrente ; les banques africaines privilégient-elles le financement des États au détriment des entreprises ?
Un paradoxe qui interroge
Pour de nombreux chefs d’entreprise, le constat est difficile à comprendre. Une banque peut refuser un prêt destiné à financer l’extension d’une unité de production au motif que les garanties sont insuffisantes, tout en investissant des milliards de francs CFA dans des titres publics.
À première vue, cette situation semble contradictoire. Pourtant, elle répond à des logiques économiques, prudentielles et réglementaires qui dépassent la simple volonté des banques.
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Les établissements financiers ont en effet une double responsabilité : financer l’économie tout en protégeant l’épargne qui leur est confiée. Chaque décision de crédit repose donc sur une évaluation du risque et de la capacité de remboursement de l’emprunteur.
Pourquoi les banques privilégient-elles les titres publics ?
Plusieurs facteurs expliquent cet intérêt croissant pour les emprunts souverains.

Le premier est lié au niveau de risque perçu. Les obligations émises par les États sont généralement considérées comme des placements plus sûrs que les crédits accordés à une entreprise individuelle. Même si le risque zéro n’existe pas, les investisseurs estiment souvent que les États disposent d’une capacité plus importante à mobiliser des ressources fiscales ou à restructurer leurs financements.
Le deuxième facteur concerne la rentabilité. Les titres publics offrent souvent des rendements attractifs tout en nécessitant moins de suivi administratif qu’un portefeuille composé de centaines de crédits à des PME. Pour une banque, souscrire à une émission obligataire est opérationnellement plus simple que gérer de nombreux dossiers de financement, chacun avec ses risques spécifiques.
S’ajoutent enfin les contraintes réglementaires. Les banques doivent respecter des règles prudentielles strictes en matière de gestion des risques et de fonds propres. Selon les cadres réglementaires en vigueur, certaines expositions souveraines peuvent bénéficier d’un traitement plus favorable que les prêts accordés aux entreprises, ce qui influence naturellement les choix d’allocation des ressources.
Les PME, premières victimes de cette situation
Lorsque le crédit bancaire devient difficile d’accès, ce sont les petites et moyennes entreprises qui en subissent les premières conséquences.
Faute de financement, certains projets d’investissement sont reportés ou abandonnés. Des entreprises renoncent à recruter, à moderniser leurs équipements ou à conquérir de nouveaux marchés. D’autres se tournent vers des financements informels, souvent plus coûteux et moins sécurisés.
Or, les PME représentent l’essentiel du tissu économique dans de nombreux pays africains. Elles contribuent fortement à la création d’emplois, à la production locale et aux recettes fiscales. Leur difficulté d’accès au crédit constitue donc un frein à la diversification des économies et à la transformation industrielle du continent.

Les banques sont-elles les seules responsables ?
Les banques ne sauront être les seules responsables. Dans plusieurs pays africains, de nombreuses entreprises évoluent encore dans un environnement marqué par une faible formalisation. Certaines ne disposent pas d’états financiers certifiés, tiennent une comptabilité incomplète ou peinent à démontrer la rentabilité de leurs activités.
L’absence de garanties suffisantes, la faiblesse des fonds propres ou encore des difficultés de gouvernance augmentent le risque perçu par les établissements financiers. Dans ces conditions, les banques deviennent plus prudentes dans l’octroi de crédits, en particulier lorsque les montants demandés sont élevés.
Autrement dit, le défi du financement des entreprises est aussi celui du renforcement de leur crédibilité financière.
Comment rééquilibrer le financement de l’économie ?
Pour que les banques jouent pleinement leur rôle de soutien au secteur privé, plusieurs leviers peuvent être actionnés.
Le renforcement des fonds de garantie permettrait de partager une partie du risque supporté par les banques lorsqu’elles financent les PME. Le développement du crédit-bail offrirait également aux entreprises une solution pour acquérir des équipements sans immobiliser immédiatement d’importantes ressources financières.
Parallèlement, les entreprises doivent améliorer la qualité de leur gestion, produire des états financiers fiables et renforcer leur gouvernance afin de gagner la confiance des investisseurs et des établissements de crédit.
Les marchés financiers africains ont également un rôle à jouer. En facilitant l’accès des entreprises au financement par l’émission d’actions ou d’obligations, ils peuvent contribuer à réduire la dépendance exclusive vis-à-vis des banques.
Un équilibre à trouver
Le financement des États est indispensable. Il permet de construire des routes, des écoles, des hôpitaux, des centrales électriques ou encore des infrastructures essentielles au développement. Les banques ont donc toute leur place dans ce processus.
Cependant, une économie ne peut connaître une croissance durable si son secteur privé manque de capitaux pour investir, innover et créer des emplois. Les entreprises constituent le principal moteur de la richesse nationale et de la transformation économique.
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L’enjeu n’est donc pas d’opposer le financement des États à celui des entreprises, mais de trouver un équilibre permettant de répondre aux besoins des finances publiques tout en soutenant davantage les acteurs économiques qui créent de la valeur au quotidien.

Le regard de Le Ouagalais
Le véritable défi pour les économies africaines n’est pas seulement de mobiliser davantage de ressources financières, mais de les orienter vers les investissements les plus productifs. Les États ont besoin de financements pour mettre en œuvre leurs politiques publiques. Les entreprises, elles, ont besoin de capitaux pour produire, exporter, innover et embaucher.
La croissance durable passera par un système financier capable de soutenir ces deux ambitions de manière équilibrée. C’est à cette condition que le crédit bancaire deviendra un véritable levier de développement économique plutôt qu’un simple outil de financement des besoins publics.
La Rédaction
Le Ouagalais




