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Afrique|Politique économique : pourquoi la Guinée refuse, pour l’instant, d’abandonner le franc guinéen ?

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La Guinée ne veut pas, à ce stade, abandonner le franc guinéen au profit de l’Eco. Alors que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) prépare une mise en œuvre progressive de sa monnaie unique à partir de juillet 2027, Conakry choisit de conserver la maîtrise de sa politique monétaire.

Cette décision fait de la Guinée le premier pays membre de la CEDEAO à annoncer clairement son intention de ne pas rejoindre le dispositif au moment de son lancement. Elle intervient dans un contexte où plusieurs paramètres de l’Eco restent encore à préciser, notamment les critères d’adhésion, la gouvernance de la future banque centrale régionale et la place des pays utilisant actuellement le franc CFA.

Pour Conakry, la question dépasse le simple choix d’une nouvelle unité monétaire. Elle touche directement à la capacité de l’État à conduire sa propre politique économique. En conservant le franc guinéen, la Banque centrale de la République de Guinée garde la possibilité d’agir sur plusieurs leviers dont les taux d’intérêt, la masse monétaire et le taux de change. Cette autonomie peut être particulièrement importante lorsqu’un pays fait face à une hausse de l’inflation, à une augmentation du coût des importations ou à un choc extérieur.

Avec une monnaie commune, ces décisions seraient davantage déterminées par une politique monétaire régionale. L’objectif serait alors de rechercher une stabilité globale pour l’ensemble de la zone, même lorsque les besoins économiques de chaque pays ne sont pas identiques.

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C’est précisément l’une des principales divergences que révèle la position guinéenne. Une politique monétaire commune peut renforcer l’intégration régionale, mais elle réduit nécessairement la marge de manœuvre individuelle des États.

Une grande partie des exportations guinéennes est destinée aux marchés asiatiques, notamment à travers les exportations de bauxite vers la Chine. Le pays dispose également d’importantes ressources aurifères et mise sur le développement du projet de minerai de fer de Simandou.

La structure de l’économie guinéenne repose donc fortement sur les matières premières et sur des échanges avec des partenaires extérieurs à la CEDEAO. Dans le même temps, la Guinée importe une partie importante de ses produits alimentaires, de ses biens manufacturés et de ses équipements.

Dans cette configuration, le taux de change devient un instrument économique sensible. Il influence le coût des importations, la valeur des recettes d’exportation et les besoins du pays en devises étrangères.

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Les pays de la CEDEAO n’ont pas tous les mêmes économies, ni les mêmes priorités ; ce qui fait objet à débattre.

Un État fortement dépendant des exportations de matières premières ne rencontre pas nécessairement les mêmes contraintes qu’une économie davantage orientée vers les services, l’industrie ou le commerce régional. À cela s’ajoute la question de la gouvernance.

La création d’une monnaie commune implique nécessairement une banque centrale régionale dotée de pouvoirs importants. Mais plusieurs questions doivent encore être réglées à savoir quelle sera son autonomie ? Comment seront prises les décisions ? Quel sera le poids de chaque État dans les votes ? Et surtout, comment seront intégrés les pays actuellement membres de l’espace UEMOA et utilisant le franc CFA ?

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Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont quitté l’organisation régionale et ont créé l’Alliance des États du Sahel (AES). La CEDEAO compte désormais douze membres.

Cette recomposition intervient alors que le projet de monnaie unique accuse déjà plusieurs années de retard. Initialement envisagé depuis plus de deux décennies, l’Eco doit désormais être mis en œuvre progressivement, avec une admission des pays répondant aux critères de convergence.

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Le choix de Conakry peut être interprété comme une décision de ne pas participer au lancement initial plutôt que comme un rejet définitif du principe d’une monnaie régionale. La Guinée pourrait toujours rejoindre le dispositif à une étape ultérieure, si les conditions économiques et institutionnelles lui paraissent suffisamment favorables. Mais son choix constitue déjà un signal important pour la CEDEAO

La Rédaction

Le Ouagalais

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