Burkina Faso | Emploi : le travail temporaire et le placement désormais davantage encadrés
@Politique économique. Le Ouagalais

Le Conseil des ministres du jeudi 17 septembre 2026 a adopté deux décrets au titre du ministère des Serviteurs du Peuple, dont l’un porte spécifiquement sur la réglementation des activités de placement et de travail temporaire. Une réforme qui touche directement le fonctionnement du marché de l’emploi, en particulier les entreprises qui recourent à des travailleurs intérimaires ainsi que les structures spécialisées dans le placement de main-d’œuvre.
Le texte s’inscrit dans la mise en œuvre de la loi n°013-2026/ALT du 6 mai 2026 portant Code du travail au Burkina Faso. Selon le compte rendu officiel du Conseil des ministres, l’objectif est de rechercher un équilibre entre la flexibilité dont les entreprises ont besoin dans leur fonctionnement et la protection des droits des travailleurs.
L’une des principales innovations du décret concerne la redéfinition des activités de travail temporaire et de placement. Cette clarification vise à mieux distinguer les mécanismes par lesquels les entreprises peuvent rechercher, mettre à disposition ou employer de la main-d’œuvre. Elle doit également faciliter l’appréciation du respect des règles applicables par les entreprises et les acteurs spécialisés du secteur.
Cette évolution intervient dans un environnement économique où les entreprises peuvent avoir besoin d’adapter leurs effectifs en fonction de leurs activités, de leurs contrats, de leurs besoins saisonniers ou encore de situations ponctuelles. Le nouveau dispositif impose notamment que les opérateurs disposent d’un agrément pour chaque type d’activité exercée. Le Gouvernement entend ainsi mieux encadrer les acteurs intervenant sur le marché du placement et du travail temporaire.
Pour les entreprises utilisatrices comme pour les structures spécialisées dans le placement, cette réglementation introduit donc une exigence supplémentaire de conformité. L’obligation de disposer d’un agrément pour chaque activité devrait notamment permettre de mieux identifier les acteurs intervenant dans le secteur et de distinguer leurs responsabilités.
Pour les entreprises, le recours à la main-d’œuvre temporaire devra ainsi s’inscrire dans un cadre davantage formalisé. Le décret prévoit par ailleurs la possibilité pour l’entreprise utilisatrice de tenir un registre électronique, ce qui introduit une dimension de dématérialisation dans le suivi des travailleurs concernés. Il proscrit également toute clause qui aurait pour effet d’interdire l’embauche du travailleur intérimaire par l’entreprise utilisatrice à l’occasion d’un contrat de mise à disposition.
L’une des dispositions les plus significatives du décret concerne également la rémunération. Le texte affirme le principe d’équité dans la rémunération du travailleur intérimaire ou temporaire. À qualification professionnelle égale, celui-ci doit désormais bénéficier du même traitement que le travailleur permanent de l’entreprise utilisatrice. Elle signifie que le statut temporaire ou intérimaire ne doit pas, à lui seul, justifier une différence de traitement entre deux travailleurs présentant une qualification professionnelle équivalente au sein de l’entreprise utilisatrice.
Pour le travailleur, l’enjeu dépasse donc la seule question de l’accès à l’emploi. Il concerne également les conditions dans lesquelles cet emploi est exercé et rémunéré. Pour l’entreprise, cette évolution implique en revanche une attention accrue à la conformité de ses pratiques de rémunération lorsqu’elle fait appel à des travailleurs temporaires.
Le nouveau cadre concerne particulièrement le secteur privé. Les entreprises qui utilisent ou envisagent d’utiliser des travailleurs temporaires devront intégrer ces nouvelles exigences dans leur gestion des ressources humaines. Les agences de placement et autres opérateurs spécialisés devront, pour leur part, tenir compte du nouveau régime d’agrément.
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La réforme pourrait ainsi contribuer à une formalisation accrue du marché du travail temporaire. Elle pose également la question de la relation entre flexibilité économique et sécurité professionnelle. Pour les entreprises, le travail temporaire constitue un instrument permettant d’adapter les ressources humaines aux besoins de production ou d’activité. Pour les travailleurs, il représente une possibilité d’accès au marché de l’emploi, mais avec un enjeu important sur la stabilité, la rémunération et les perspectives d’évolution. Le décret cherche précisément à encadrer cette relation.
Dans son compte rendu, le Gouvernement présente le nouveau dispositif comme un moyen de concilier la flexibilité économique des entreprises avec la protection des droits des travailleurs. Cette orientation traduit une évolution du rôle du cadre réglementaire. Elle permettre aux entreprises de disposer d’outils de gestion de leurs effectifs tout en limitant les risques de précarisation ou de traitement inéquitable des travailleurs.
La portée concrète de cette réforme dépendra toutefois de son application, notamment du contrôle du respect des obligations imposées aux entreprises et aux acteurs du placement. Le décret crée donc un cadre plus précis. Sa mise en œuvre permettra de mesurer son effet réel sur les pratiques de recrutement, la rémunération et les conditions de travail.
Le second décret adopté par le Conseil des ministres concerne, quant à lui, le secteur public. Le Gouvernement a décidé la création, les attributions et l’organisation de l’Inspection générale des ressources humaines (IGRH). Cette structure sera chargée du contrôle et de l’audit de la gestion des ressources humaines, du service public et de la participation à la lutte contre la corruption dans les structures publiques. Son pouvoir de contrôle et de vérification doit s’exercer aussi bien a priori qu’a posteriori.
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Des précisions rapportées par la presse à la suite des explications du ministre des Serviteurs du Peuple indiquent notamment que cette nouvelle structure doit contribuer à mieux connaître les effectifs de l’administration, à contrôler l’utilisation du personnel et à assurer un meilleur suivi de la rémunération qui en découle. Cette réforme fait suite à un diagnostic des dysfonctionnements de l’administration réalisé en 2025 par la Commission de régulation des dysfonctionnements. L’IGRH intervient ainsi sur un autre versant de la gestion du travail ; celui de l’administration publique et de la gestion des agents de l’État.
Ousseni SAKANDE
Le Ouagalais



