Afrique : entre résilience et ralentissement, deux lectures d’une même réalité économique

L’Afrique avance, mais à deux vitesses. C’est ce que révèlent les analyses croisées de la Banque africaine de développement et de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement. Si les deux institutions s’accordent sur la solidité globale du continent, elles divergent sur l’intensité des risques et la trajectoire à court terme.
L’Afrique reste résilient mais sous pression malgré un environnement mondial défavorable. La BAD prévoit une croissance de 4,2 % en 2026, tandis que la BERD évoque 4,7 % en Afrique subsaharienne. Les deux institutions convergent sur ce constat et pointent d’ailleurs les mêmes facteurs de pression que sont les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, la hausse des coûts de l’énergie et des importations ainsi que les perturbations du commerce mondial.
Le constat part aussi du fait que certaines économies restent positives. Des pays comme le Bénin, la Côte d’Ivoire ou le Ghana confirment leur rôle de locomotives régionales, avec des taux de croissance solides. Les analyses se distinguent dans le ton et les priorités.
La BAD adopte une lecture structurelle et optimiste. Elle met en avant la résilience macroéconomique, le potentiel de transformation du continent et la nécessité de mobiliser massivement des ressources internes.
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À l’inverse, la BERD adopte une approche plus prudente, centrée sur les vulnérabilités immédiates. Entre autres le ralentissement de certaines économies clés comme le Sénégal, la dépendance accrue aux importations énergétiques et la fragilité des investissements domestiques. La BAD est beaucoup plus regardante sur le potentiel à long terme, tandis que la BERD alerte sur les fragilités à court terme.
Les deux rapports confirment des réalités plus ou moins contrastées selon les régions.
L’Afrique de l’Ouest reste globalement solide, mais avec des écarts marqués entre pays. En l’Afrique de l’Est le leadership en matière de croissance est conservé malgré un léger ralentissement. L’Afrique australe demeure en difficulté et dans la Méditerranée, les trajectoires divergent fortement entre stabilité en Égypte et au Maroc, crise au Liban et en Irak avec des répercussions directes ou indirectes sur l’Afrique.
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Le cas du Sénégal illustre bien ces contrastes avec une forte croissance en 2025, mais net ralentissement attendu en 2026 selon la BERD.
Le financement du développement du continent est l’un des points que les perspectives se rejoignent le plus fortement. La BAD insiste sur un déficit annuel de plus de 1 300 milliards de dollars pour financer le développement du continent. La BERD, de son côté, met en évidence le manque d’investissements internes comme un frein majeur.
Les deux rapports affichent que sans financement massif et mieux structuré, la croissance africaine restera vulnérable. Les solutions convergent également sur les pistes comme le renforcement de la mobilisation des ressources internes, le développement des marchés financiers, l’amélioration de l’efficacité des dépenses publiques et l’implication des investissements privés.
Ousseni SAKANDE
Le Ouagalais



