Sénégal : une subvention de 50 FCFA/kg pour accélérer la consommation du riz local et réduire la dépendance aux importations
@Politiques économiques. Le Ouagalais
Le Sénégal renforce sa stratégie de souveraineté alimentaire en misant davantage sur sa production nationale de riz. Les autorités ont décidé de suspendre pendant un mois la délivrance des Déclarations d’importation de produits alimentaires (DIPA) relatives au riz afin de permettre l’écoulement de 37 000 tonnes de riz blanc produites localement.
Au-delà de cette suspension temporaire des importations, la principale innovation réside dans la mise en place d’un mécanisme de soutien financier en faveur de la filière locale. Le gouvernement a en effet fixé le prix d’achat du riz local à 280 FCFA le kilogramme auprès des importateurs et accordera aux rizeries une subvention de 50 FCFA par kilogramme, destinée à réduire les coûts de transformation et à améliorer la compétitivité du riz sénégalais face au riz importé.
Cette décision a été adoptée à l’issue d’une réunion présidée par le ministre de l’Industrie et du Commerce, Dr Serigne Gueye Diop, avec l’ensemble des acteurs de la filière, notamment la SAED, les organisations de commerçants et les industriels.
voir aussi: Sénégal| relance économie : De nouvelles taxes pour redresser l’économie nationale
Cette approche s’inscrit dans une dynamique désormais observable dans l’espace de l’Alliance des États du Sahel (AES), notamment le Burkina Faso, où les autorités cherchent progressivement à réduire la dépendance alimentaire vis-à-vis des importations.
Au Burkina Faso par exemple, le gouvernement encourage depuis plusieurs années la consommation du riz local à travers des programmes d’appui aux producteurs, de mécanisation agricole, d’amélioration des semences, de facilitation de la transformation et de promotion du ‘’Consommons burkinabè’’. L’objectif est de créer un marché suffisamment attractif pour permettre aux producteurs locaux d’écouler leur récolte tout en limitant la sortie de devises liée aux importations alimentaires.
Le choix du Sénégal de soutenir directement les rizeries par une subvention publique constitue ainsi un levier supplémentaire pour renforcer toute la chaîne de valeur, depuis la production jusqu’à la commercialisation.
En prenant en charge 50 FCFA sur chaque kilogramme transformé, l’État réduit les coûts de production des rizeries. Cette baisse peut ensuite être répercutée sur le prix final payé par le consommateur, rendant le riz local plus compétitif face au riz importé.
Cette politique présente plusieurs avantages économiques dont une meilleure rémunération des producteurs de riz ; une augmentation des volumes achetés par les rizeries ; la création et le maintien d’emplois dans la transformation, le transport et la distribution ; une réduction de la facture des importations alimentaires et une meilleure circulation des revenus à l’intérieur de l’économie nationale.
À moyen terme, cette stratégie peut également stimuler les investissements privés dans les infrastructures de stockage, les unités de décorticage et les équipements agricoles.
Les futures autorisations d’importation seront désormais conditionnées à la preuve d’achats de riz produit localement. Ce mécanisme oblige les importateurs à participer au développement de la filière nationale avant d’accéder aux quotas d’importation.
Par ailleurs, les autorités annoncent déjà la transformation de 64 000 tonnes de riz blanc lors de la prochaine campagne, signe de la montée en puissance de la production nationale.
Un comité de suivi se réunira chaque semaine afin d’évaluer l’application des mesures et de transmettre des rapports réguliers au gouvernement.
Face aux tensions sur les marchés internationaux et aux restrictions d’exportation observées ces dernières années chez plusieurs grands producteurs asiatiques, plusieurs États ouest-africains privilégient désormais des politiques favorisant la production locale.
Le Sénégal illustre cette évolution en combinant limitation temporaire des importations, subvention publique, régulation du marché et accompagnement des industriels. Une stratégie qui rejoint les ambitions portées dans l’espace AES ; faire de l’agriculture un moteur de croissance, renforcer la souveraineté alimentaire et conserver davantage de richesse au sein des économies nationales.
Ousseni SAKANDE
Le Ouagalais




