Afrique de l’Ouest | Intégration économique : 10 milliards USD d’échanges hors circuit freinent le marché commun de la CEDEAO
@Analyse des marchés. Politiques économiques. Le Ouagalais
L’intégration économique en Afrique de l’Ouest progresse, mais à un rythme inégal. Malgré les efforts soutenus de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest pour construire un véritable marché commun, une part importante des échanges commerciaux échappe encore aux circuits officiels.
Estimés à près de 10 milliards de dollars, ces flux informels représentent un manque à gagner considérable pour les États membres. Cette situation met en lumière les disparités persistantes entre les économies de la région, mais aussi les limites structurelles qui freinent la pleine intégration communautaire.
Dans ce contexte, la réussite du marché commun ouest-africain dépendra de la capacité des États à harmoniser leurs politiques, moderniser leurs systèmes commerciaux et mieux encadrer les échanges transfrontaliers.
Réunis à Abidjan depuis fin avril, experts et décideurs planchent sur les leviers d’accélération de l’intégration régionale comme les investissements, le commerce alimentaire et les politiques migratoires. Le but est d’harmoniser les cadres règlementaires pour fluidifier les échanges.
Les réalités sont aussi complexes sur le terrain. Entre barrières commerciales persistantes, tracasseries routières, instabilité politique et insécurité, le rêve d’un marché commun pleinement fonctionnel reste encore éprouvé.
Selon le Club Sahel/Afrique de l’Ouest de l’OCDE, une part importante du commerce régionaléchappe aux statistiques officielles, estimée à environ 10 milliards USD par an.
Ce phénomène s’explique en grande partie par le poids du secteur informel, les défaillances des systèmes douaniers et le manque d’intégration effective des marchés.
Sur le plan agricole, l’Afrique de l’Ouest démontre son potentiel avec une production céréalière record de 80 millions de tonnes en 2025. Malgré cette performance, l’insécurité alimentaire persiste dans plusieurs zones. C’est un paradoxe qui met en lumière les déséquilibres entre pays production et consommation, les difficultés de circulation des denrées et l’absence d’un véritable marché régional intégré.
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La question de la gestion des frontières reste centrale. Les engagements politiques, la libre circulation des biens et des personnes demeurent entravée. Pour les responsables régionaux, l’enjeu est désormais de passer des engagements à l’action, en impliquant davantage les décideurs politiques dans la mise en œuvre concrète des réformes.
La CEDEAO continue de croire à une intégration économique forte. Mais pour y parvenir, plusieurs défis restent à relever. L’institution doit pouvoir réduire les inégalités économiques entre États, formaliser une partie du commerce informel, renforcer la sécurité régionale, et moderniser les infrastructures commerciales.
Sans une réponse claire aux disparités et sans volonté politique forte, le marché commun ouest-africain risque de rester une ambition loin d’être une réalité qui impacte les économies.
Ousseni SAKANDE
Le Ouagalais




