Burkina Faso |Finance : L`ALT adopte la loi de finance 2026 avec un budget de consolidation sous tension, entre souveraineté, sécurité et transformation économique

L’adoption de la loi de finances 2026 par l’Assemblée législative de transition marque une étape structurante dans la trajectoire économique du Burkina Faso. Arrêté à 3 431,5 milliards FCFA de recettes contre 3 918,3 milliards FCFA de dépenses, le budget fait apparaître un déficit global de 486,8 milliards FCFA, soit 2,6 % du PIB nominal. Un niveau contenu, révélateur d’une volonté de préserver les équilibres macroéconomiques dans un contexte national et régional particulièrement exigeant.
Un déficit maîtrisé, reflet d’une discipline budgétaire sous contraintes
Le choix de maintenir le déficit à un seuil inférieur aux normes communautaires traduit une orientation prudente de la politique budgétaire. Pour sa couverture, l’État privilégie le renforcement de la mobilisation des recettes propres, complété par un recours ciblé aux marchés financiers sous-régionaux, aux partenariats public-privé (PPP) et aux appuis budgétaires extérieurs. Cette stratégie limite les risques d’endettement excessif, tout en soumettant l’économie nationale aux aléas de la conjoncture financière régionale.
L’enjeu central demeure donc la capacité réelle de l’administration à améliorer le rendement fiscal sans asphyxier le tissu économique formel et informel, dans un environnement encore fragile.
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Une hiérarchisation claire des priorités sectorielles
La répartition sectorielle des ressources propres confirme la cohérence du budget avec les orientations de la Politique nationale de développement (PND) 2026-2030, articulée autour de sept enjeux majeurs. En tête de ces priorités figure le recouvrement de la paix et de la stabilité socio-politique, socle indispensable à toute dynamique de développement.

Ainsi, la défense et la sécurité absorbent près d’un quart des ressources propres, consacrant la sécurité comme un investissement économique indirect. Sans stabilité territoriale, ni l’investissement privé ni la relance des activités productives ne peuvent prospérer.
L’éducation, premier poste budgétaire avec 29,43 % des ressources propres, s’inscrit dans une logique de construction du capital humain, indispensable à la transformation structurelle de l’économie. À moyen terme, cet effort pourrait générer des gains de productivité significatifs, à condition que la qualité de la dépense publique soit rigoureusement maîtrisée.
Souveraineté alimentaire et industrialisation : des ambitions à concrétiser
Le budget 2026 affiche clairement l’ambition de renforcer la souveraineté nationale, notamment par l’autosuffisance alimentaire, l’accroissement des productions de rente et la transformation agroalimentaire locale. Toutefois, la part relativement modeste allouée au développement rural interroge la capacité du budget à impulser une véritable mutation du secteur agricole, pourtant stratégique pour l’emploi, les revenus et la balance commerciale.
La transformation agroindustrielle, si elle est efficacement soutenue, pourrait constituer un puissant levier de création de valeur ajoutée locale et de réduction de la dépendance aux importations.
Capital humain, gouvernance et cohésion sociale : des piliers complémentaires

Outre les secteurs productifs, la programmation budgétaire intègre des investissements dans la santé, le développement des compétences, les infrastructures économiques résilientes et la bonne gouvernance. Les actions en faveur de l’émancipation culturelle, des arts, du sport et de la communication pour le développement traduisent une vision plus globale du développement, intégrant la cohésion sociale comme facteur de résilience nationale.
En somme, un budget de transition vers la transformation
La loi de finances 2026 apparaît ainsi comme un budget de consolidation, conçu pour stabiliser le pays tout en jetant les bases d’une transformation économique progressive. L’équation reste toutefois délicate ; comment financer la sécurité, répondre aux urgences sociales et investir dans l’avenir avec des marges budgétaires limitées ?
La réponse résidera moins dans le volume des dépenses que dans leur qualité, leur efficacité et leur cohérence stratégique. À ce titre, le budget 2026 ne constitue pas une fin en soi, mais le point de départ d’un cycle de réformes destiné à faire de la dépense publique un véritable instrument de souveraineté économique et de développement durable.
Howard S. BELEM
La Rédaction
Le Ouagalais



